Philosophie, éthique et spiritualité de la consultation en astrologie karmique

(extraits d’une conférence donnée au RAO de Lyon le 10 octobre 2015)

Quelles sont les conditions pour qu’une consultation astrologique dépasse le cadre spéculatif et soit opérative ?

INTRODUCTION : L’ASTROLOGIE KARMIQUE

Je pratique l’astrologie karmique dans un cadre philosophique qui est celui du bouddhisme. Quel en est l’objet ? L’astrologie karmique n’est ni une astrologie événementielle, ni une astrologie prédictive. L’astrologie karmique s’intéresse au contenu de la psyché. Elle étudie le karma, qui est la loi de cause à effet : tout ce que nous faisons, disons et pensons a bien sûr des conséquences extérieures mais a encore plus des conséquences intérieures. Tout ce que nous faisons, disons et pensons modèle, donne forme à notre psyché. Etudier le karma, c’est étudier les empreintes des vécus qui conditionnent nos croyances et nos comportements. Certaines de ces empreintes nous mènent à des situations saines, positives, épanouissantes. D’autres nous mènent à créer de la souffrance pour nous-même et pour les autres. Comme le dit Denys Rinpoché : « Le karma est le « créateur » de la conscience et du monde dans lequel celle-ci s’expérimente ». (in « L’entraînement de l’esprit »). Notre vie extérieure est le reflet du fonctionnement de notre psyché.

Les sources du karma sont multiples : le vécu depuis notre enfance, le vécu du moment de notre naissance, le vécu dans le ventre de notre mère, le vécu entre deux vies et le vécu dans nos existences antérieures. Egalement le vécu transgénérationnel.

Nous transportons de vie en vie nos conditionnements. Nous pouvons même dire que ce sont eux qui nous transportent. Pour citer le Dalaï-Lama : « Ce qui se réincarne, ce sont les habitudes ».

L’objectif du bouddhisme est de se libérer de la souffrance en se libérant du cycle des incarnations. Et d’aider les autres à faire de même.

Cette libération peut s’imaginer se faire en deux temps : en créant d’abord un « ego sain », avant de se libérer définitivement de l’ego.

La consultation en astrologie karmique vise la réalisation du premier temps : la création d’un « ego sain » par la libération des tendances névrotiques qui nous mènent à la souffrance.

Le deuxième temps consiste en la libération de l’ego par la libération des conditionnements karmiques quels qu’ils soient. Cette libération mène à l’expérience et à la réalisation de la non-dualité, autrement nommé « l’éveil ». Il s’agirait alors de se libérer de son thème astrologique.

Voici posé le cadre philosophique des consultations en astrologie karmique.

Quels sont les outils de l’astrologue karmique pour mener à bien les consultations ?

Bien évidemment, nous nous appuyons sur le symbolisme astrologique traditionnel, à quelques exceptions près : nous nous servons de l’analogie signe/maison/planète ; nous n’utilisons qu’un seul maître par signe et douze planètes différentes (en adoptant Koré comme maître du Taureau et Cérès comme maître de la Vierge à la suite de Jean de Larche) ; nous n’utilisons pas les autres dignités ;  la maison IV correspond à la mère et la maison X au père. J’utilise l’axe vrai des Nœuds Lunaires et la Lune Noire vraie ainsi que Chiron et Vesta. Mes sources sont les travaux de Laurence Larzul et de Jean de Larche, enrichis de l’expérience et des observations personnelles.

Mais la vraie différence entre l’astrologie karmique et les autres formes d’astrologie réside dans l’orientation du regard porté sur le thème. Depuis la naissance de la physique quantique, nous savons que le regard de l’observateur conditionne le résultat de l’observation. Le regard de l’astrologue karmique privilégie ce que nous appelons les « indices karmiques » et en premier lieu l’axe des Nœuds Lunaires : le Nœud Sud renseigne sur les atouts et névroses avec lesquels nous naissons ; le Nœud Nord indique les antidotes à ces névroses et les expériences que nous sommes invités à vivre dans l’existence présente. Les autres indices karmiques (les régents karmiques des Nœuds, les planètes en aspect à l’axe des Nœuds, les planètes rétrogrades, la Lune Noire, la Part de Fortune, Chiron, Vesta, les maisons d’Eau) viennent compléter les informations sur les conditionnements de notre psyché.

Il est nécessaire pour l’astrologue de choisir la ou les méthodes d’interprétation qui lui parlent, sur la nécessité de savoir hiérarchiser les informations données par le thème et sur la nécessité de faire le lien entre ce qu’il voit dans son étude astrologique et ce que dit le consultant de son vécu. En clair, il s’agit de maîtriser une ou plusieurs formes d’astrologie et en même temps de se rappeler que le symbole est riche de significations et que la seule interprétation valable sera celle qui recouvrira ce que vit réellement le consultant. D’où la nécessité de dialoguer avec le consultant pour savoir comment le symbolisme astral s’incarne dans son existence.

Voyons maintenant comment se passent concrètement les consultations.

PREMIERE PARTIE : AVANT LA CONSULTATION

La prise de rendez-vous est une première étape sur le chemin de la consultation.  Elle permet d’interroger le consultant sur sa motivation à venir nous voir. Puis elle permet de lui expliquer le travail que nous ferons avec lui, sa durée et son coût ; enfin, elle permet de valider si c’est bien une consultation en astrologie karmique qui correspondra à la demande du consultant.

Vous retrouvez ici ce que stipule le premier article du code de déontologie du RAO : « l’astrologue informe clairement du type d’astrologie qu’il pratique, il travaille en s’assurant l’assentiment des personnes concernées et en respectant la demande qu’il a acceptée ».

J’invite aussi le consultant à venir avec de quoi enregistrer la consultation pour pouvoir réécouter tranquillement toutes les informations échangées.

Cette prise de rendez-vous se fait le plus souvent par téléphone. Parfois, le consultant sent le besoin d’expliquer sa démarche en envoyant un mail de précisions.

Une fois la motivation du consultant connue, et éventuellement ses questions particulières (il y en a plusieurs dans le mail que je viens de vous lire), je dresse le thème natal, le thème progressé et le thème des transits du jour de la consultation. Si cela fait partie de la demande, je sors également le thème de synastrie et le thème composite.

Je structure ensuite l’analyse du thème en repérant les indices karmiques. Et j’étudie ce que les thèmes indiquent par rapport aux questions posées.

Si la motivation principale pour venir en consultation est de mieux se connaître, quelles sont par ailleurs les questions posées par les consultants ?

  • Suis-je sur ma voie ?
  • Quel est mon chemin dans cette vie ?
  • Quelle est ma mission ?
  • Je vis beaucoup de situations difficiles : comment puis-je en sortir ?
  • Ma relation sentimentale est-elle durable ?
  • Je n’en peux plus de mon conjoint, comment me sortir de cette situation ?
  • Je m’interroge sur un éventuel avortement.
  • J’ai envie de changer professionnellement et je voudrais valider mon désir et ma future orientation.
  • Quel est le sens des épreuves que je vis ?
  • Etc.

Certaines questions peuvent être plus concrètes. Par exemple, au mois d’août, un consultant est venu me voir car il dirige un centre de remise en forme et voudrait en créer un second, mais n’y arrive pas.  Une autre consultante s’interrogeait sur l’opportunité d’acheter une maison.

L’astrologue karmique va traiter chaque question dans la perspective globale du thème. Car la rencontre d’un obstacle matériel peut être profondément signifiant. Comme exposé en introduction, notre vie extérieure est le reflet du fonctionnement de notre psyché ! Une question concernant notre vie quotidienne peut ouvrir à la compréhension de notre fonctionnement intérieur.

Vous comprenez qu’il y a plusieurs dimensions aux consultations : la dimension concrète du quotidien, la dimension psychologique, la dimension philosophique et la dimension spirituelle.

En tant qu’astrologue, il s’agit donc de s’interroger sur nos capacités et sur les conditions nécessaires pour accueillir, écouter, entendre et répondre aux questionnements des consultants.

Accueillir : c’est très important d’être capable de se mettre au diapason du consultant qui peut parfois fondre en larmes au bout d’une minute. Nous accueillons l’expression des souffrances ou des angoisses. Et elles peuvent être extrêmement douloureuses. Il va s’agir d’autoriser, voire de favoriser cette expression qui est en elle-même soulageante.

Ecouter : dans certaines consultations, le consultant va parler pendant presque une demi-heure non stop tellement il a besoin de se raconter. Il va s’agir alors de respecter ce besoin tout en cadrant l’échange au moment où ce qui devait être dit a été dit.

Entendre : tant que la problématique principale du consultant n’a pas été identifiée et reconnue,  il peut être tendu et pas vraiment disponible à l’échange. L’observation de sa posture sur le fauteuil, de l’expression du visage, de sa tenue corporelle, de son état énergétique, permettent de repérer où nous en sommes dans l’échange et si cette problématique principale a été ou non abordée.

Répondre : c’est parfois en questionnant que l’on répond le mieux ! Questionner sur le contenu des difficultés, les manières de décider et d’agir, les capacités de communiquer, les intentions, les désirs, les peurs, aident le consultant à prendre conscience de ses fonctionnements et de ses blocages. Bien évidemment, le questionnement de l’astrologue est orienté par ce qu’il lit dans le thème natal. Ce qui fait que certains consultants disent qu’une consultation a été plus loin et plus rapidement que plusieurs séances de psy. Ce qui est logique car le thème donne des informations que le psy doit rechercher.

Qu’est-ce qui permet à l’astrologue d’être ainsi prêt aux rencontres avec les consultants ?

La dimension concrète du quotidien suppose que l’astrologue connaisse le symbolisme astrologique de base, bien évidemment. Et qu’il soit ouvert sur la société et sur les différentes manières d’y vivre. Nos expériences de vie sont une ressource de connaissances pouvant être utiles aux autres. Pour reprendre les exemples cités plus haut, il faut pouvoir dialoguer sur le fonctionnement d’un centre de remise en forme, ou sur les conditions et les démarches nécessaires pour acheter une maison.

La dimension psychologique requiert de l’astrologue la connaissance de ses propres fonctionnements. Certaines écoles d’astrologie demandent aux étudiants de suivre au moins une année de thérapie ou d’accompagnement psychologique. C’est un minimum ! Le code déontologie du RAO mentionne d’ailleurs très clairement dans son deuxième article cette nécessité de se connaître : « si l’astrologue est conseiller, il possède une formation psychologique suffisante et se connaît lui-même assez pour identifier et autant que possible contrôler les phénomènes de projection et de transfert ; il se forme à la relation d’aide afin, au minimum, de ne jamais nuire au consultant ». Pour reprendre l’exemple du mail de la consultante, il faut pouvoir dialoguer sur le désir et la manière de vivre la sexualité, sur les relations amoureuses, sur les attentes par rapport à autrui, etc.

Il s’agit aussi d’adapter son langage à l’interlocuteur : utiliser le langage astrologique peut décontenancer le consultant qui ne va pas le comprendre. Pire, il peut même lui faire croire que son destin est scellé puisque, par exemple, Pluton va transiter son Ascendant …Sauf que le consultant ne connaît ni la symbolique de Pluton, ni la symbolique de l’Ascendant, ni la signification du mot « transit ». Il est plus simple, dans cet exemple, de parler de mutation ou de transformation des désirs à l’ordre du jour et pour une période limitée dans le temps.

La dimension philosophique requiert que l’astrologue ait trouvé ses réponses aux questions éthiques et métaphysiques. Ce qui ne veut pas dire qu’il détient la vérité. Mais il connaît son système de croyances. Et il connaît le cadre philosophique dans lequel il pratique l’astrologie.  Prenons l’exemple de la question de la mission : « ai-je une mission dans la vie et laquelle ? ». Personnellement, je ne crois pas à cette notion de « mission ». Nous avons des rôles à jouer, en relation avec notre karma, mais comme le disait Swami Prajnanpad à son disciple Arnaud Desjardins , la seule chose que nous ayons à faire est « to be happy », être heureux. Croire que l’on a une mission risque de consolider et même de durcir notre ego. Ne confondons pas nos rôles et une hypothétique « mission ».

La dimension spirituelle requiert une pratique énergétique et spirituelle, qui va  contribuer à la qualité de présence de l’astrologue. Elle développe les capacités d’accueil, d’écoute et de bienveillance ; elle développe également les capacités d’intuition et de guidance.

La pratique spirituelle va également aider à éviter les pièges récurrents de l’ego que sont l’orgueil ou l’humilité excessive, le désir de puissance ou le sentiment d’impuissance, la convoitise, et le jugement.

Il s’agit ensuite de créer des conditions matérielles d’espace et de temps propices à la consultation :

- un lieu agréable et calme, dont la décoration ne fasse pas « cabinet magique » ou « antre de sorcier »

- une vraie disponibilité : les consultations durent le plus souvent deux heures, mais parfois un peu plus

Il s’agit aussi pour l’astrologue d’être « en forme » : d’où la nécessité d’une hygiène de vie et de la pratique énergétique et spirituelle que nous avons déjà mentionnée. Car recevoir des personnes en souffrance demande de l’être le moins possible soi-même pour pouvoir vraiment accueillir et écouter.